Quand Lumitel finance les milices du 3e mandat via la FFB

LumiUne fois n’est pas coutume. Nous commençons notre semaine par l’actualité sportive. Le 6 octobre 2015, Lumitel a signé un protocole d’accord de coopération avec la Fédération de Football du Burundi (FFB). Cette société de la téléphonie mobile s’engage à octroyer une enveloppe de 180 millions de Fbu à l’équipe nationale de football, « Intamba mu Rugamba, » pour un délai de deux ans. Officiellement, Lumitel va financer les frais de prise en charge des joueurs pendant les entrainements et ceux des primes en fin de matches, durant cette campagne en cours, des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations 2017 et de la Coupe du Monde 2018. En contrepartie, la FFB accepte que les maillots des « Hirondelles, » les onze burundais, seront frappés par le logo de Lumitel pendant les deux prochaines années !

Révérien Ndkuriyo, « poumon financier » des « imbonerakure »

C’est en quelques mots, les grandes lignes de ce protocole, signé entre cette société de Viettel, une multinationale vietnamienne, représentée par son patron de la filiale burundaise, Mr Nguyen Anh Son, et Révérien Ndikuriyo, président de la FFB. Selon plusieurs sources proches de la FFB, ce financement de Lumitel est la partie visible d’un iceberg caché. Tout le monde s’interroge sur l’importance et l’origine de cette somme, en cette période creuse pour les finances des entreprises travaillant au Burundi. Lumitel est connue comme proche du pouvoir burundais, avec des « facilités » pas toujours orthodoxes. Pour la simple raison que ses parrains burundais, sont dans le cabinet du despote Pierre Nkurunziza.

Un « poids lourd » dans le staff de la FFB, affirme que depuis son arrivée à la tête de cet organe dirigeant du football burundais, le 17 novembre 2013, Révérien Ndikuriyo utilise les comptes de la fédération pour assurer la logistique des miliciens imbonerakure. Ainsi, poursuit-il, pratiquement tous les matins, ces jeunes inondent les couloirs du siège de la FFB, en provenance de toutes les provinces du Burundi et des quartiers de Bujumbura. C’est Révérien Ndikuriyo qui serait désormais le «poumon financier » de cette milice, selon plusieurs sources concordantes et indépendantes. Une information confirmée par un jeune « frondeur » de cette milice du 3e mandat illégal, illégitime et terroriste du despote Pierre Nkurunziza.

C’est peut-être pour cette raison que dans la foulée de l’ignoble assassinat du Lt-Gnl Adolphe Nshimirimana, Révérien Ndikuriyo aurait porté un tee-shirt à l’effigie de cette figure emblématique du Cndd-Fdd, lors d’une réception offerte à son domicile, à l’équipe nationale du Burundi, après sa victoire contre le Niger ! Ce qui n’est pas conforme aux recommandations de la FIFA. En tout cas, dans le fauteuil du président de la FFB, ce président du Sénat illégal et illégitime du Burundi, gère d’une manière artisanale, un budget annuel d’au moins un milliard de nos francs !

La FIFA devrait enquêter sur la gestion de la FFB

En effet, en dehors de quelques exceptions près, liées notamment à l’ingérence du politique dans la gestion du football, ce qui est contraire à l’Ethique de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), les équipes nationales sont l’apanage du gouvernement, via le ministère en charge des sports. Comme le ministère de la jeunesse, des sports et de la culture de ce gouvernement illégal, illégitime et terroriste du 3e mandat, sort des rangs des FNL, Lumitel fait confiance à la FFB, sous la houlette d’un cadre influent du Cndd-Fdd.

La Commission d’Ethique de la FIFA qui vient d’épingler Michel Platini (Président de l’UEFA) et Joseph Blatter (Président de la FIFA) en les suspendant pour 90 jours, à cause notamment de leur « gestion déloyale et abus de confiance » dans l’octroi de la Coupe du Monde, édition 2018 à Qatar, devrait enquêter, sur les motivations exactes et profondes de ce financement! Avant de dire, oui ou non, si l’on peut diriger à la fois le Sénat et la FFB. La FIFA a une responsabilité toute particulière de veiller à l’intégrité et à l’image du football dans le monde entier.

Rappelons que pendant ce temps, ce sponsor de Lumitel s’ajoute à trois autres aubaines financières de la FFB. Ainsi, 250 000 dollars américains chaque année, en provenance de la FIFA, soit plus ou moins 500 millions de nos francs. 65 millions de Fbu par an de la Brarudi, qui devraient être revus à la hausse pour atteindre 120 millions, selon le président de la FFB. Et une enveloppe de la télévision de la grande entreprise tanzanienne, Azam, de 80 000 dollars américains sur une période de 42 mois, à partir de janvier 2015. Ici, nous ne listons pas tous les financements dont bénéficie pour l’instant la FFB.

Un contrat mystérieux pour le sélectionneur national

En dépit de toutes ces opportunités financières, la FFB ne fait pas autant pour soutenir dans les mêmes proportions, les équipes affiliées à la FFB. Il arrive même que le personnel de la FFB passe deux mois sans recevoir leur salaire dans les délais. Au moins un milliard de nos francs passe chaque année dans les mains du président de la FFB. Quoi qu’il en soit, en dépit d’une progression de 21 places dans le dernier classement mensuel de la FIFA, pour atterrir à la 113e place, le football burundais est malade de nos dirigeants politiques et sportifs, particulièrement ceux de la FFB. Rien n’explique pour l’instant si le football burundais va connaitre une hausse de son niveau, grâce à cette pluie diluvienne de financements !

Quoi qu’il en soit, le contrat du coach de l’équipe nationale senior, Ahcene Ait-Abdelmalek, un allemand d’origine algérienne, sans aucune référence de taille sur la planète du grand ballon rond, cache aussi plusieurs inconnues. Son salaire mensuel serait fixé à 8 000 dollars américains, pour une période de 24 mois, expira en mars 2017. 2 000 dollars resteraient dans les mains du président de la FFB pour un usage non encore élucidé. Le technicien germano-algérien encaisserait le reste, soit 6 000 dollars américains !

Pendant ce temps, ce sélectionneur ne manque pas le culot de refuser unilatéralement, la sélection du meilleur joueur burundais de l’heure, Saido Ntibazonkiza, nouveau aillier au Stade Malherbe de Caen, la première division française ! Uniquement pour des raisons extra footballistiques et interpersonnelles. Dans un silence de cathédrale au niveau du ministère en charge des sports, le gestionnaire légal de l’équipe nationale !

Une panoplie de questions non encore élucidées

Pourquoi cette silence coupable ? Pourquoi cette gestion opaque des ressources financières de la FFB ? Où va réellement ces sommes astronomiques destinées normalement à développer le football burundais ? Pourquoi Révérien Ndikuriyo campe toujours dans son fauteuil de président de la FFB, alors qu’il dirige la chambre haute du parlement burundais, quoi qu’illégal et illégitime ? Quels sont les rapports officieux entre la FFB et la milice imbonerakure du Cndd-Fdd ? Pourquoi les maillots de l’équipe nationale doivent comporter le logo d’une entreprise privée, de surcroit étrangère et à moralité douteuse, ce qui serait une première dans le monde ? Pourquoi le salaire officiel du coach national serait amputé régulièrement de 2 000 dollars américains ? Où va cette « retenue ? »

Sur un autre plan, si l’objectif primordial d’un bon gestionnaire, consiste à minimiser les charges de son entreprise. Pourquoi le patron de Lumitel, après moins d’un semestre de l’ouverture officielle des activités de sa boîte, s’est empressé à sponsoriser 180 millions de nos francs ? Un luxe qu’aucune autre entreprise ne peut pas se payer dans le contexte actuel des affaires au Burundi, même sur deux ans, en suivant une voie détournée comme Lumitel, la FFB au lieu du ministère ? Quelle est la contrepartie réelle de ce deal mafieux au niveau du Cndd-Fdd et de la gouvernance générale du pays, en faveur de Lumitel ?

Voilà autant de questions, nécessitant autant de réponses, qu’il faudra élucider avec la chute imminente et irréversible du 3e mandat. Wait and see !

(Une affaire à suivre)

Thierry Ndayishimiye

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3 réflexions sur “Quand Lumitel finance les milices du 3e mandat via la FFB

  1. Quel analyse! Ce rapport est vraiment bien chiffré!!! Mais moi, je serais convaincue de ces chiffres si vous osez nous donner aussi les détails sur le financement que vous bénéficiez de la part des occidentaux pour déstabiliser le gouvernement du Burundi. Je trouve que les ancêtres avaient raison en disant que “Uwugutuka ntagutorera”. Oui, admettons qu’il y a certains agissements maladroits dans le gouvernement, mais l’opposition n’a non plus les mains propres comme elle le pretend.

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    • Ego nkuko witwa Ntakirutimana, nta gouvernement iriho vraiment itagira vision, itiyumvira iterambera, yiyumvira gushira mumifuko gusa, itemera ihiganwa mu matora, itwaza umukazo, yirigwa irica abantu, eka nimba wemera Imana, ntankirutimana kweri, bazovyishura bidatevye kuko banse gukwirikiza ubutungane, amahoro n’iterambere ry’abose. Kandi ngo le juste vivra, rero umbwire justice yoba iri muri ivyo vyose ubona biriko biraba mu Burundi, umutima wawe wonyene ni we temoin

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