Retour sur le 54ème anniversaire de l’assassinat du Prince RWAGASORE avec NETPRESS

Spécial « 54ème anniversaire de l’assassinat du prince Louis Rwagasore »

« Comment j’appris l’assassinat du prince Louis Rwagasore », nous écrit un ancien rédacteur du bimensuel « Le Citoyen »

12 octobre 2015

https://i1.wp.com/usumbura.doomby.com/medias/images/BATIMENTS-25.jpgBujumbura, le 12 octobre 2015 (Net Press). « Le vendredi 13 octobre 1961, j’avais exactement 11 ans et étais inscrit en 5ème année à l’école primaire de Mwishanga de la commune du même nom, dans l’actuelle province de Rutana.

« Le lendemain samedi, je suis arrivé avec les autres à l’heure habituelle et nous sommes entrés en classe sans chanter l’hymne national qui, fort naturellement, n’existait pas encore.

« Tout aussi naturellement, nous étions dans l’ignorance totale de ce qui s’était passé la veille soir à l’hôtel du lac Tanganyika, avec l’assassinat du prince Louis Rwagasore. Nous fûmes surpris de voir notre maître d’école, un jeune enseignant de 22 ans, diplômé de l’école normale de Rusengo, Adrien Ruhangare, qui vit encore et en très bonne santé, les yeux tout rouges et les essuyant de temps en temps avec son mouchoir bleu.

« Il était complètement bouleversé et était encore assis devant sa table de travail lorsque nous sommes entrés en classe. Il se leva alors doucement, les mains tremblantes et nous annonça en langue nationale : « Bahejeje kuvuga mw-iradiyo ko Umuganwa Ludoviko Rwagasore bamugandaguye » (= on vient d’annoncer à l radio que le prince Louis Rwagasore a été assassiné hier)

« Le fils aîné du Roi Mwambutsa était connu à Mwishanga et dans les environs, parce que quelques jours auparavent, alors en tournée électorale pour les élections législatives du 18 septembre 1961, il avait fait escale à Nyanza, à 6 km de Mwishanga pour un meeting électoral, et la nouvelle avait fait le tour de toutes ces localités.

« Certains de ces écoliers avaient donc entendu parler de lui et c’est pourquoi ils exprimèrent leur émotion.

« Grand Uproniste devant l’Eternel, Adrien Ruhangare, nous accorda un congé, sans autorisation du directeur. »

« Il faut signaler au passage qu’avant l’indépendance, les directeurs des écoles primaires dans tout le pays étaient tous des pères blancs affectés aux paroisses au nombre de trois.

« Le premier assurait les fonctions de curé, le deuxième celles de directeur des écoles et le troisième celles d’économe. Et quand le père directeur de la paroisse Mpinga à 24 km de Mwishanga – il était Belge et donc opposé à l’indépendance que réclamait Rwagasore – apprit que notre maître nous avait donné congé, il le suspendit de plusieurs semaines et ne reprit le service que longtemps après.

Le héros de la démocratie, vaut-il celui de l’indépendance ?

La question vaut la peine d’être posée, même si fort malheureusement, les deux personnalités assassinées n’appartiennent pas à la même période de notre histoire.

Le héros de l’indépendance, Louis Rwagasore, a vécu et a été assassiné avant l’indépendance et donc à une époque ethniquement « propre », au regard des massacres entre Hutu et Tutsi qui ont suivi et duré de longues années.

Quand au héros de la démocratie, Melchior Ndadaye, il a vécu et a été assassiné le 21 octobre 1993 et sa mort a déclenché une vengeance des Hutu contre les Tutsi, que certains historiens considèrent encore comme fortement disproportionnée.

C’est pourquoi nombreux sont ceux qui sont convaincus que si le degré de l’héroïsme du premier devait être pesé sur une même balance que le degré de l’héroïsme du second, cette balance pencherait immanquablement en faveur du premier, au regard de ce qui s’est passé après le 13 octobre 1961 et le 21 octobre 1993.

La dérwagasorisation maladroite de Jean Baptiste Bagaza

Les générations actuelles ne savent probablement plus que pendant ses onze ans de pouvoir, de 1976 à 1987, le colonel Jean-Baptiste Bagaza, a tout fait, mais vraiment mis tout en œuvre, pour effacer de la mémoire collective des Burundais le nom du prince Louis Rwagasore.

A moins qu’il ne daigne lui-même s’expliquer un jour, ceux qui, de son temps, ont compris cette attitude anti-rwagasoréenne du fondateur de la belle IIème République, se comptent sur les bouts d’une main, au cas où il y en aurait.

Deux mesures prises par l’ancien président expliquent cette allergie envers le héros de l’indépendance. Il y a eu d’abord la suppression pure et simple de la date du 13 octobre de chaque année comme journée chômée et payée, pour la transformer en une journée ordinaire de travail. Du coup, le mausolée du mont Vugizo où le prince repose fut complètement abandonné et laissé à lui-même sans aucun entretien jusqu’à l’arrivée de Pierre Buyoya au pouvoir.

La seconde mesure fut la suppression de la Jrr (Jeunesse révolutionnaire Rwagasore) pour la transformer en Ujrb (Union de la jeunesse révolutionnaire Burundaise). Certains esprits humoristiques anti-Bagaza avaient coutume de dire que ce nouveau sigle signifiait « Union de la jeunesse révolutionnaire Bagaza », ce qui était naturellement faux.

Cette dérwagasorisation dura le temps que dura la IIème République et il serait surprenant qu’à l’avenir, un autre homme politique, qu’il soit Hutu, Tutsi, Ganwa ou Twa, refasse cette maladresse incroyable de Bagaza, qui reste pourtant l’ancien président de la République le plus apprécié depuis 1966.

Que peut-on retenir de l’héritage de Rwagasore ?

Le héro de l’indépendance était un homme qui prônait la liberté, la justice, le développement et tout ce qui, en général, pouvait placer les Burundais dans de meilleures conditions possibles. En effet, il ne cessait de dire : « donnons à notre peuple la paix, donnons à notre peuple le pain ». Il avait une vision et il prônait déjà la démocratie telle que les Burundais l’entendent et la désirent. Il était contre le comportement de banditisme et de bassesse qu’il était décidé à combattre de toutes ses forces.

La célébration de l’assassinat du fils du roi ce 13 octobre 2015 arrive au moment où le comportement des Burundais tranche nettement avec celui de Rwagasore et que Burundi sombre toujours dans des chicaneries politiques immenses, – ce que Rwagasore a toujours évité, que ce soit à l’endroit des Burundais ou des étrangers, d’autant plus qu’il a toujours préféré la non agression active -, dans la pauvreté extrême, dans le piétinement des libertés civiles et politiques de toutes sortes.

Ce serait en tout cas dur pour le héro de l’indépendance, au ca improbable où il reviendrait à la vie pour voir comment des gens sont tués par leurs frères et sœurs burundais, amputés de leurs sexes ou cœurs comme cela est le cas dans différents coins de ce pays, surtout à Bujumbura. Il serait encore une fois difficile pour l’homme de l’indépendance de voir qu’il y a des Burundais qui ne parviennent pas à manger au moins une fois alors qu’il y a une infime partie des gens qui vivent dans l’opulence sans nom au détriment de leurs frères et sœurs.

C’est encore plus incompréhensible aux yeux d’un héro de voir qu’il y a le déchirement de la culture sociale où même des hôtes sont indésirables surtout quand il s’agit de ceux-là qui peuvent aider à éradiquer la pauvreté et quand bien même accueillir un visiteur simple est un honneur et une culture pour les Burundais. De toutes les façons, il est grand temps que les Burundais renouent avec les valeurs et idéaux de Rwagasore qui n’étaient que des valeurs vitales pour nous tous.

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