Entre « ratissage » et « rasage » : Le message ambigu du Président du Sénat

NDIKURIYO ReverienCe jeudi 29 octobre 2015 à Bujumbura, le président du Sénat burundais, Révérien Ndikuriyo, a rencontré les responsables territoriaux de différentes communes de la capitale burundaise. Il a interpellé et chargé ces derniers de mettre en garde les habitants des quartiers « agités » contre les risques d’une « opération » lourde, s’ils ne se dissociaient pas des acteurs armés qui vivent avec eux. S’exprimant en kirundi, le Sénateur a prévenu que lorsque cette opération surviendrait, il n’y aurait plus de place pour les larmes, suggérant que ces quartiers pourraient être rasés. Sur les réseaux sociaux, ses propos ont déclenché des réactions en tous genres, allant de la banalisation à l’alerte au génocide. Si comme d’habitude, les superlatifs et les interprétations excessives n’ont pas tardé à se croiser sur ces réseaux, le discours du président du Sénat n’en reste pas moins préoccupant, tant par ce qu’il semble annoncer à l’horizon que par la fatalité du crime qu’il insinue, lorsque de telles « opérations » sont lancées.

Dans ses propos, le président du Sénat semblait surtout soucieux de (i) démontrer la capacité des forces de sécurité burundaises à maîtriser bien et sans problème la situation d’insécurité des quartiers sujets à insécurité et (ii) d’avertir que le moment venu, les personnes qui n’auront pas consenti à s’écarter du champ des « opérations » subiront, sans ménagement, le même sort que celui des acteurs armés qui s’y cachent.

L’opération armée dans ces quartiers qu’il semble annoncer peut être grave de conséquences. La nécessité d’en limiter les dommages sur les civils innocents se passe de commentaires. Il était donc et il demeure encore de la responsabilité du Président du Sénat, et de toute autorité publique civile et militaire concernée par une telle opération, d’adresser un message aux résidents qui démontre à leur égard beaucoup plus de préoccupation par rapport à leur protection et à celle de leurs biens.

Le Président du Sénat met quelques balises en indiquant que les civils devront se tenir à l’écart des acteurs armés qui vivent parmi eux. Mais il brouille en même temps son message en insinuant que lorsque le mot d’ordre d’exécution des opérations sera donné, il ne sera fait aucun quartier, il n’y aura plus la moindre cachette sûre pour quiconque s’y trouvera encore. Si ces « fauteurs de trouble » proclament une prise d’otage de civils, a-t-il expliqué, nous agirons comme de telles situations l’exigent. Sinon, a-t-il prévenu, il ne sera pas fait de quartier. Là où des maisons se dressaient, il ne restera que des terrains rasés : « Il y aura des parcelles disponibles », a-t-il lancé.

Le plus inquiétant dans son discours est sa façon de s’évertuer à rappeler le passé des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité perpétrés au Burundi pour convaincre les habitants de ces quartiers de choisir leur camp. C’est là où ses propos sont à la fois ambigus et dangereux. Dans sa forme, son discours ne peut pas être pris – comme répandu sur Twitter et Facebook – pour prélude à un génocide par le simple fait qu’en employant l’expression « gukora akazi » (« faire le boulot »), il aurait réutilisé les termes sortis de la bouche des génocidaires, avant et pendant le génocide rwandais. Bien qu’ils partagent quelques pesanteurs dans les esprits, les contextes et les situations sont largement différents. En revanche, les propos du Sénateur nous replongent dans le passé des crimes perpétrés au Burundi, auxquels il a lui-même fait abondamment l’évocation. Pourquoi a-t-il autant ressassé la mémoire de ces crimes bien réels si ce n’est pour insinuer qu’il pourrait être répété ? Sa boutade macabre sur les parcelles est une menace claire au rasage des quartiers. Lors d’une réunion publique organisée à Bujumbura par l’association « Initiatives et Changement Burundi » le jour même où le Président du Sénat tenait ses propos, un ancien député du parti FRODEBU déclarait son indignation aux propos recueillis en tête-à-tête avec un « haut responsable actuel » qui lui déclarait, sur un ton rancunier, que ces quartiers contestataires seraient rasés « comme autrefois, on rasa les quartiers de Kinama et Kamenge ». C’est un fait effectivement indéniable que dans les années 1995 et 1996, la force militaire et les violences exercées pour « mâter » ces quartiers furent d’une telle disproportion que pendant plus de deux années, ils furent quasiment déserts et inhabités. Le Président du Sénat semblait insoucieux à porter devant ces responsables territoriaux une idée, un projet, des envies qui semblent donc bien ancrés dans certains cercles d’opinion. Que cette idée soit mâchonnée et partagée dans les cercles qu’il fréquente ne devrait pourtant pas le bercer dans l’illusion que cela suffit à lui procurer une légitimité, loin s’en faut.

Même en la menant dans ces quartiers avec fermeté, la mission d’ordre et de sécurité est-elle incompatible avec une mission de protection des civils qui corrige le passé ? Corriger le passé signifie-t-il seulement donner un préavis avant de le rééditer ? L’occasion était plutôt donnée au Président du Sénat de démontrer : (i) que la configuration des quartiers n’est pas, militairement, à l’avantage des acteurs armés qui s’y embusquent avec armes (cela, il l’a expliqué) et que (ii) si la force devait être employée pour mettre un terme aux actions armées venant de ces quartiers, elle peut l’être en empêchant que les crimes passés ne soient commis. Les raisons qu’il avance pour justifier la facilité avec laquelle ces quartiers peuvent être contrôlés et rasés valent tout autant pour justifier qu’ils puissent être contrôlés avec le moins de dégâts possibles. Son esprit devrait être disposé vers la seconde option.

Par ailleurs, le Président ignore totalement une des causes à l’origine de l’armement des civils. Elle tient dans les nombreux abus de la police à l’égard de ces mêmes civils. Il a passé sous silence le sujet de l’indiscipline et des abus commis par la police elle-même, comme moyen d’apaiser les quartiers « chauds » au centre de son message. Aujourd’hui, plusieurs attaques menées dans ces quartiers débordent du cadre de l’auto-défense. Mais en même temps, on ne peut nier le fait que les arrestations, les enlèvements, les tortures et les exécutions extrajudiciaires de résidents de ces quartiers datent de bien avant le début de l’armement des civils et de leurs attaques contre des policiers. Le lien entre l’armement de ces quartiers et ces abus ne peut pas être balayé et ignoré par le président du Sénat. C’était sans doute le point le plus important à aborder pour aussi mettre à défi la responsabilité pénale et civile des acteurs armés dans ces quartiers et leurs alliés éventuels.

Choisir des quartiers à forte concentration de populations civiles pour mener une résistance armée ne peut pas être jugé de la même façon selon que l’on s’arme (i) en prétendant abattre un pouvoir ou (ii) pour résister à une police qui enlève, torture et exécute arbitrairement et impunément ! Si le Président du Sénat avait considéré et évalué ces deux hypothèses, il se serait soucié d’avoir la même fermeté vis-à-vis des exactions de la police et de la justice complaisante, qui provoquent des instincts d’autodéfense. Un appel au désarmement qui fait totalement fi des raids de police hors-la-loi participe d’une vision unilatérale des événements et, dans tous les cas, démontre le peu d’égards vis-à-vis des soucis de cette population. Un message tourné vers cette question pouvait encourager la voie d’un compromis. Celui-ci, sans réduire les pouvoirs légaux de la police, peut peut-être garantir une protection des citoyens contre ces abus, sans qu’il soit besoin d’annoncer l’apocalypse d’une opération de rasage sans merci.

Soulever la question des abus commis par la police doit aussi permettre de clarifier la question des acteurs armés sans nom circulant dans ces quartiers. Car le doute des pouvoirs publics est permis sur leurs réelles motivations, entre combattre l’ordre politique établi et dissuader de nouveaux raids illégaux de police se concluant par des exécutions extrajudiciaires. Les acteurs armés dans les quartiers dits contestataires doivent être, eux aussi, placés devant leurs choix et leurs responsabilités. Refuser l’ordre politique établi par le président Nkurunziza et choisir de le faire par les armes est une chose. Prendre siège dans des quartiers à forte concentration de populations civiles pour le faire en est une autre. Si tel est leur choix, ils doivent réfléchir, autant que les forces de sécurité intervenantes, à tout ce que cela implique comme conséquences et risques pour les populations civiles au milieu desquelles ils vivent. Ils doivent aussi réfléchir à leurs responsabilités pénales vis-à-vis de la question spécifique de la protection des civils non impliqués.

Le Président du Sénat se devait de parler de cette question parce que le comportement de cette police ne rend pas aisé la distinction à faire entre les acteurs armés motivés par l’une ou l’autre cause. Les agissements policiers excessifs et impunis nourrissent toujours l’actualité. La vue d’une camionnette pick-up de police dans ces quartiers inspire anxiété et repli sécuritaire.

La situation sécuritaire dans les quartiers où périssent des policiers ne pose pas qu’un problème d’ordre technique et militaire. Cette question défie autant les pouvoirs publics que l’opposition civile et armée, par rapport au statut et aux égards qu’ils donnent tous deux aux populations civiles. Il existe une manipulation certaine de l’information commise tant par les pouvoirs publics que par l’opposition autour des violences commises et des dommages subis par les civils. Il n’y aurait eu besoin d’aucune unité étrangère d’observateurs des droits de l’homme ni d’aucune force étrangère sur le territoire burundais si l’Etat burundais, principal responsable, faisait montre de bien plus de volonté à tenir ses « opérations » de maintien de l’ordre dans des normes de droit minimales. Il y a bien plus à faire pour épargner les vies civiles que l’Etat ne fait aujourd’hui.
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Louis-Marie Nindorera, https://storify.com

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4 réflexions sur “Entre « ratissage » et « rasage » : Le message ambigu du Président du Sénat

  1. Ce canard raciste qui ne diffère pas d’Adolphe Hitler. Il veut raser les democrates burundais(les anti 3ème mandant)?
    Urucira mukaso rugatwara nyoko. General Adolphe ntawarazi ko uyu munsi yoba ari mu kuzimu iyo yashize inzirakarengane z’abakecuru,abana,abagabo,imisore,inkumi. Itonde,aha turi hari abandi ntamvura idahita,muzopfa nk’ifu y’imijira kandi Imana ibaharire

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  2. les malheureux imbonerakure ki sont regroupés dans la permanence du cnddfdd vont risquer leurs vies si jeune à la solde de personnalité +/- vieille qui ont des rancunes ethnique ancienne qui ne leurs concernent pas
    ni kuki baguma bagira aba jeunes ama chairs à canon??

    SINDUMUJA

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