Un fils de Mbonimpa assassiné, le spectre de la guerre civile se rapproche

lYaOL+LeUn des fils du défenseur burundais des droits de l’Homme Pierre-Claver Mbonimpa a été retrouvé assassiné vendredi à Bujumbura quelques heures après son arrestation par la police, selon sa famille et des témoins.

M. Mbonimpa, figure de la société civile burundaise et un des leaders de la contestation contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza qui a plongé le pays dans une violente crise politique depuis fin avril, a lui-même été grièvement blessé lors d’une tentative d’assassinat en août, attribuée à des partisans du pouvoir burundais. Un de ses gendres a été assassiné début octobre à Bujumbura.

« On vient de me dire que mon fils a été tué et que son corps se trouve à la 12e avenue à Mutakura« , quartier contestataire de Bujumbura, a annoncé M. Mbonimpa, dans un message à l’AFP, depuis l’Europe où il s’est exilé après sa tentative d’assassinat.

Il avait fait part plusieurs heures plus tôt de son inquiétude après l’arrestation à Mutakura de son fils, Welly Nzitonda, par la police. « Il a été arrêté (…) et puisque c’est mon fils, il risque d’être tué« , avait-il expliqué à l’AFP.

Deux témoins ont confirmé à l’AFP avoir vu le corps de Willy Nzitonda dans la rue, à côté d’un autre cadavre. « Lorsque la police l’a arrêté, il y avait beaucoup de témoins (…) On l’a retrouvé en compagnie d’une deuxième personne« , selon un des témoins. Selon ces deux témoins, les deux victimes portaient des traces de blessures par balle.

Plusieurs habitants de Mutakura ont par ailleurs rapporté à l’AFP que quatre jeunes hommes ont été tués vendredi matin par des militaires et des policiers, lors d’une opération dans ce quartier.

Le porte-parole de la police ne pouvait pas être joint par téléphone vendredi.

« Deux criminels armés de grenades ont été tués ce matin à Mutakura alors qu’ils tentaient de les lancer sur les forces de l’ordre« , a expliqué à l’AFP un haut gradé de la police, disant n’être pas encore au courant des deux autres décès.

De nombreux habitants de Mutakura et d’autres quartiers contestataires quittent leur domicile depuis la veille, craignant un déchaînement de violences policières à l’expiration samedi soir d’un ultimatum lancé en début de semaine par le président Nkurunziza.

Le chef de l’État a promis l’amnistie à ceux qui déposeraient les armes d’ici là, avertissant qu’ensuite les forces de sécurité pourraient user de « tous moyens » pour désarmer les quartiers.

Mbonimpa sort du silenceUn pays au bord du gouffre

Englué depuis depuis six mois dans une crise politique émaillée de violences, le Burundi risque de sombrer dans la guerre civile et les massacres, a averti le centre de réflexion International Crisis Group, dans une « alerte conflit » reçue vendredi.

« Le Burundi fait à nouveau face à de possibles atrocités à grande échelle et une possible guerre civile« , écrit ICG. « L’escalade de la violence, la rhétorique de plus en plus radicale et le flot continue de réfugiés (plus de 200 000) indiquent que les divisions se creusent« , selon le centre de réflexion, spécialisé dans la prévention des conflits.

« L’armée, seule institution capable d’arrêter cette glissade, est fracturée et proche du point de rupture. Une intervention diplomatique ferme et décisive est un minimum requis pour empêcher une guerre civile et ses inévitables massacres« , avertit ICG.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, avait fin septembre estimé que la hausse des exactions au Burundi risquait de faire replonger le pays « dans son passé sanglant« , dix ans après la fin de la guerre civile (1993-2006) ayant opposé des rébellions hutu à l’armée alors dominée par la minorité tutsi. Il a déploré mi-octobre la « rapide dégradation » de la situation tandis que le Conseil de sécurité a souligné « la montée constante de la violence » au Burundi.

« À en donner froid dans le dos« 

ICG s’inquiète de l’intention annoncée du camp présidentiel d’écraser par la force la contestation. Il dénonce aussi la rhétorique « dénuée d’ambiguïté » dont a récemment usé le président du Sénat, Révérien Ndikuriyon, « semblable à en donner froid dans le dos » à celle utilisée par les miliciens hutu partant massacrer les Tutsi lors du génocide qui fit 800 000 morts en trois mois en 1994 au Rwanda voisin.

Lundi, le président burundais Pierre Nkurunziza, dont l’acharnement à briguer un troisième mandat controversé a plongé son pays dans cette crise, a donné jusqu’à samedi minuit aux meneurs de la contestation pour « renoncer à la violence« , indiquant que les forces de sécurité pourraient ensuite utiliser « tous les moyens » pour rétablir l’ordre.

Quelque 200 personnes ont été tuées au Burundi depuis le début de la crise qui a éclaté fin avril, après l’annonce de la candidature de Nkurunziza à un troisième mandat qui, selon l’opposition, la société civile et une partie de son propre camp viole la Constitution et l’Accord d’Arusha ayant mis fin à la guerre civile et instauré un fragile équilibre politico-ethnique au sein du pouvoir.

le vendredi 06 novembre 2015 à 16h47, https://www.rtbf.be/info

Publicités

4 réflexions sur “Un fils de Mbonimpa assassiné, le spectre de la guerre civile se rapproche

  1. J’implore la communauté internationale et les autres pays de ne pas fermer les yeux face à la situation inquiétante qu se trouve actuellement au Burundi.
    Je crains que la même chose qu’au Rwanda se reproduise au Burundi.
    Arrêtez ces soient disant réunions de trouver des solutions car vous avez aussi bien que moi ça ne donnera rien, intervenez et sauvez des vies et croyez moi je vous parle d’une expérience que j’ai vécue dans mon pays (Rwanda).
    Que Dieu protège nos ami(e)s, frère & sœurs burundais.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s