Burundi, la descente en enfer

000_TS-Par8216792_0Un cauchemar revient hanter l’est de l’Afrique. Ou plutôt le même cauchemar se poursuit dans un coin pourtant idyllique de la planète. Le Burundi est au bord de l’abîme, il risque de glisser dans l’horreur la plus extrême et là-bas, même si bien des choses se disent à mots couverts, les gestes posés réussissent à repousser les limites déjà éloignées de la cruauté.

Le président Pierre Nkurunziza a donné jusqu’à hier, samedi, à l’opposition pour rendre ses armes, sinon… C’est pourtant lui qui, il y a six mois, a replongé le pays dans la crise, en sollicitant un troisième mandat présidentiel à l’encontre de ce que lui permettait la Constitution issue des accords de paix qui, en 2006, ont mis fin à 13 années de guerre civile.

Nkurunziza a obtenu son troisième mandat en juillet dernier, mais la contestation n’a fait que s’accentuer. L’insécurité s’est réinstallée: pas une semaine ne passe sans que des critiques du régime ne soient retrouvés morts. Poussées par la peur, plus de 200 000 personnes auraient fui le pays. Tout indique, parallèlement, que les opposants ont fait le plein d’armes, possiblement avec l’aide du Rwanda voisin. Les étincelles volent dans la poudrière.

Le Rwanda, vous vous souvenez ?

On connaît peu le Burundi, mais on n’a pas oublié le Rwanda. Ou on ne devrait pas l’avoir oublié. Entre 800 000 et un million de Rwandais ont été massacrés en 1994 dans un génocide perpétré par des membres de l’ethnie hutue contre les Tutsis et des Hutus modérés. Le général Roméo Dallaire, commandant de la mission de l’ONU sur place, est rentré marqué à jamais par l’impuissance de ses troupes devant une telle rage meurtrière.

Le Burundi ressemble à bien des égards au Rwanda: une grande majorité hutue, une minorité tutsie et des rancœurs qui datent de la colonisation européenne, alors que les Tutsis étaient privilégiés par les gouvernants étrangers. Les 50 et quelques années d’indépendance, depuis 1962, ont connu leur enchaînement d’incidents mortels, de violence et de massacres.

Jetez les armes, sinon…

Ce qui épouvante cette fois-ci, ce sont les discours menaçants qui font écho, syllabe par syllabe, à ce qu’on entendait il y a une vingtaine d’années du côté rwandais de la frontière. À la fin octobre, le président du Sénat burundais Révérien Ndikuriyo a parlé de «pulvériser les quartiers» occupés par les opposants dans la capitale, Bujum­bura.

Ndikuriyo a menacé de faire «travailler» les policiers, l’expression même employée en 1994 par les miliciens hutus au Rwanda en 1994, lorsqu’ils massacraient les Tutsis. Pas étonnant que l’International Crisis Group évoque la «possibilité d’atrocités à grande échelle et de guerre civile».

Les sonnettes d’alarme, ces derniers jours, ont retenti plus fortes que jamais. C’est peut-être la seule bonne nouvelle: les grandes puissances ont à l’œil ce qu’il s’y passe et ne pourront pas feindre la surprise. La France a obtenu la réunion demain du Conseil de sécurité des Nations unies sur la question. Tous savent où peuvent mener ces «discours de haine» et la dernière chose dont l’Afrique a besoin, c’est d’une nouvelle orgie de démence et de barbarie.

Richard Latendresse, Dimanche, 8 novembre 2015 05:00, http://www.journaldemontreal.com
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