ONU : la France présente un projet de résolution pour mettre fin aux violences au Burundi

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Des habitants de Bujumbura quittent la ville, samedi 7 novembre 2015. Crédits : AP

Le mot génocide n’a pas été prononcé. Mais il était dans toutes les têtes. « Nous devons regarder la situation en face. Si nous laissons l’escalade des tensions sans rien faire, c’est tout le pays qui risque de s’embraser, en particulier quand nous entendons les plus hautes autorités de l’Etat appeler à la haine », a indiqué Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies.

Paris, qui a appelé lundi 9 novembre à cette réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, a fait circuler un projet de résolution qui condamne les violences et qui encourage les responsables burundais à reprendre un dialogue politique inclusif.

Le texte prévoit aussi des sanctions ciblées contre les fauteurs de trouble et demande expressément au secrétaire général Ban Ki-moon un renforcement de la présence des Nations unies dans le pays alors que le mandat de la MENUB (Mission électorale des Nations unies au Burundi) touche à sa fin. Jamel Benomar, ancien envoyé spécial au Yémen, sera chargé par l’ONU d’organiser la reprise d’un dialogue politique « pour faire prévaloir l’intérêt du peuple du Burundi ».

Mais il existe de nombreux points d’achoppement, notamment sur la question des sanctions. La Russie, la Chine et les membres africains du conseil s’y opposent, considérant qu’il s’agit « d’une affaire interne au Burundi ».

Discours haineux des dirigeants

Les discours haineux des responsables gouvernementaux font craindre à l’ONU une escalade de la violence après la mort de onze personnes depuis le week-end dernier, dont un employé des Nations unies. « Cette crise politique pourrait revêtir sous peu une dimension ethnique », a averti le Haut commissaire aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al-Hussein. « Les horreurs du passé ne doivent pas se répéter », a t-il martelé considérant que le pays était à « un tournant décisif ».

Le Burundi connaît la plus grave crise de son histoire depuis la fin de le guerre civile qui a fait 300 000 morts lors de conflits entre Hutus et Tutsis entre 1993 et 2006. Le président Pierre Nkurunziza a fait modifier en avril la constitution nationale lui permettant de briguer un troisième mandat, ce qui a mis le feu aux poudres dans le camp de l’opposition.

Ultimatum aux opposants

Mais les autorités burundaises semblent décider à en finir avec cette contestation qui dure depuis six mois et qui a fait 200 morts et 200 000 réfugiés. Pierre Nkurunziza a lancé un ultimatum à ses opposants les invitant à déposer les armes sans quoi la police serait « autorisée à user de tous les moyens » pour désarmer les contestataires. Ce sont ces propos jugés « incendiaires » par la communauté internationale qui font craindre « de possibles atrocités à grandes échelles » aux organisations non gouvernementales. « Les diplomates et les spécialistes sont dans une panique absolue en ce qui concerne le Burundi. (…) Cette catastrophe a un potentiel de nuisance à la réputation des Nations unies comparable à ce que fut le génocide rwandais il y a 21 ans » estime Richard Gowan, expert du centre d’analyses du conseil européen des affaires étrangères.

« Le régime est sur les dents » estime encore un chercheur qui ne souhaite pas être nommé « mais il faut encore être prudent avec l’idée d’une dérive génocidaire ». Aujourd’hui, considère cette source, « on observe des massacres à caractère politique avec un accroissement ces dernières semaines du nombre d’assassinats ciblés mais ces meurtres touchent les deux ethnies, hutu et tutsi ».

Un diplomate en poste à Bujumbura considère lui que l’objectif des autorités est de nettoyer les quartiers de la capitale de ceux qu’ils appellent les « terroristes » avec tous le danger que cela comporte et la peur que cela a suscité au sein de la population.

Toute la question maintenant est de relancer un dialogue où le pouvoir serait prêt à discuter directement avec « les vrais opposants »

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