Au Burundi, un bain de sang à huis clos

https://i2.wp.com/s2.lemde.fr/image/2015/12/14/768x0/4831178_7_a822_dans-le-quartier-de-nyakabiga-le-12-decembre_37d8627d86d562087c35a069b01ed82c.jpgLa nuit est tombée à ­Bujumbura, dimanche 13 décembre, sur des quartiers entièrement bouclés, où aucun témoin extérieur n’est admis pour prendre la mesure exacte de la violence qui y a régné depuis le début du week-end. Des attaques de rebelles opposés au président Pierre Nkurunziza avaient eu lieu vendredi matin dans la capitale du Burundi. La bataille a duré des heures, avec des blindés déployés dans la ville. Elle a été suivie par une répression méthodique : 200 jeunes ont été raflés par les forces de l’ordre, et des dizaines de cadavres ont été abandonnés sur la voie publique avant d’être enlevés.

On est loin des manifestations pacifiques d’avril, avec leur credo contre le troisième mandat du chef de l’Etat, réélu depuis.En l’espace d’un week-end, Bujumbura est entrée dans une phase d’une violence inédite. Le département d’Etat américain a recommandé à ses ressortissants « de ne pas se rendre au Burundi, et à ceux qui s’y trouvent, de partir aussi rapidement que possible ».

Fosses communes

La capitale burundaise ne peut pas même compter ses morts des derniers jours. Certains ont été enterrés à la va-vite, dans des fosses communes. Des photos diffusées par des voisins montrent des traces de roues d’engins de chantier ou de véhicules utilisés pour transporter des corps, des monticules de terre mal identifiables, sans qu’il soit possible de déterminer s’il s’agit de tombes pour des rebelles ou des jeunes du quartier, presque tous des Tutsi, exécutés d’une balle dans la tête, mains liées dans le dos.

Un mouvement de contestation politique, pacifique et délivré des appartenances ethniques, avait débuté en avril avec les manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza. A présent, le Burundi est engagé dans une dérive à huis clos. La répression des forces de sécurité est allée croissant. Certains opposants sont passés à la lutte armée, menant des attaques difficiles à cerner. A l’extérieur, une coalition de l’opposition qui regroupe des tendances très différentes, le Cnared, demeure floue sur ses liens avec les groupes armés.

Ces derniers viennent d’échouer à porter la guerre dans la capitale, puisque tel était, semble-t-il, l’objectif de l’offensive lancée vendredi, peu avant l’aube, dans Bujumbura. Ces attaques visaient des camps ou positions militaires. L’une d’entre elles est l’Institut supérieur des cadres militaires, l’école des officiers burundais, située près de Musaga, bastion de la contestation contre le pouvoir, mais également en contrebas des collines de la Bujumbura rurale, terrain favorable pour des groupes rebelles, où le pouvoir a déjà mené des actions violentes – sans témoins également – au cours de la décennie écoulée.

Un « massacre » en préparation

Musaga est un quartier à dominante tutsi. La population des collines est majoritairement hutu, et soutient une ancienne rébellion hutu. A la base, la contestation contre le président Nkurunziza n’avait donc décidément pas de base ethnique, comme certains responsables loyalistes tentent à présent d’en imposer l’idée. Le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, a récemment déclaré lors d’une réunion enregistrée à son insu que les policiers devraient se préparer à « travailler » à un massacre quand l’ordre en sera donné : « Si vous entendez le signal avec une consigne que ça doit se terminer, les émotions et les pleurs n’auront plus de place ! (…) Le jour où l’on dira “travaillez”, vous verrez la différence ! » Le président Nkurunziza, de son côté, a annoncé que les manifestants armés seraient traités comme des « ennemis de la nation » et que la police serait autorisée à user « de tous les moyens » pour désarmer les quartiers contestataires.

Une des attaques de vendredi matin visait une implantation militaire dans le quartier de Nyakabiga, autre bastion de la contestation. Un troisième groupe, parallèlement, s’est attaqué au camp Muha, qui ouvre la voie du centre de Bujumbura, et où des officiers ont déserté au cours des mois écoulés. La prison de Mpimba se trouve non loin. Peut-être les assaillants tentaient-ils de manœuvrer pour libérer des prisonniers. L’objectif était également de s’emparer d’armes et de munitions.

Une source bien informée estime que des « quantités importantes » de matériel ont été saisies dans le périmètre de la Brigade logistique (appelée « Camp Base » au Burundi), avant que les assaillants ne soient tués ou ne s’enfuient, dans des circonstances floues. Puis des vagues de rafles ont eu lieu. Selon le porte-parole de l’armée burundaise, le colonel Gaspard Baratuza, les assaillants ont tous été soit tués, soit faits prisonniers. « Le bilan final des attaques d’hier est de 79 ennemis tués, 45 prisonniers et de 97 armes saisies. De notre côté, huit soldats et policiers ont été tués et 21 blessés », a-t-il affirmé samedi, lors d’une conférence de presse à Bujumbura. On ne trouve que très peu de blessés dans les hôpitaux.

Par Jean-Philippe Rémy, LE MONDE Le 14.12.2015 à 00h17

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8 réflexions sur “Au Burundi, un bain de sang à huis clos

  1. Barundi namwe mwese banyamahanga mushobora kuba mukurikirana ivy’Uburundi, nimwaba mukeneye ko twogorora gerageze kuza muvuga ukuri, mwirinde kugira uruhande mwegamiyeko cane;
    jewe ndababwire, suko mbuze ubwoko canke umugambwe canke intara ndimwo, ariko nagomba ngerageze ndabasabe ikigongwe ndabasabe ko mwokwihangana niba mwibukako atabwoko bushobora guhonya ubundi canke niba mwemerako uko bizogenda kwose twese nk’abarundi dutegerezwa kubana twese murubu Burundi bwaba buto canke ukwo bungana kwose. ukwo guhisha ukuri mushirimbere nikwo kwagumye kuba inkwezi y’amarere kuko harabantu muciyumvirako arimwe mwenyene mutegerezwa kubaho canke kugira vyose muriki gihugu, canke muciyumvirako hagize uwupfa muri mwebwe ari ibara riba riguye kw’iyisi. nukuri ico uteragiye nico kimera kikaba arico wimbura; mwebwe muriko murafata abana banyu mubigisha urwanko mubankanisha n’abandi bafise ico batandukaniyeko ngo ni abansi, mukabaha ibirwanisho ngo genda mutere ama kambi ya gisirikare, none vraiment muba mukeneye ko bagenda bakagaruka ukwo bagiye atanuwakomeretse kandi muzi kw’aho mubarungitse nabo batunze nk’ivyo murungikanye abo bana! n’ukuri nimwikebuke muze dufashanye gutorera umuti ingorane ziduhanze tutabanje gusesa amaraso ya benewacu! twikuremwo kwiyumva nk’abahambaye yane gusumba abandi. nibaza ko mumaze kubibona ko » Tout le monde meurt ». reka guhonya twebwe urwaruka, reka kuduhenda mudusuka mu ntamabara tudashoboye, ni mutwigishe gusonera agateka kazina muntu no kwubahiriza aho intahe yashize. muzoba murereye uburundi n’isi yose, murakoze.

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  2. Ntawumara ubwoko kandi umwe wese azishura ivyo yakoze ku gatwe kiwe. Ewe ndikuriyo umusi bokumarako abawe ataco uzira niho wobibona! baca umugani ngo utaraburogwa agira ngo yobunya.

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  3. gupfana intuntu n’agahinda se ubwo ushatse kuvuga iki? ubipfana ni ufise umutima, uyo nta regret. qu’il regrette d’abord tous ceux qu’il a massacrés mu ishamba, guhora yibuka ka kana yishe bimubujije kubandanya yica abandi, reka gufyina Alain. Nkurunziza abarusha ubwenge, arabamaze, sans commentaires. azandikwa dans l’histoire comme Hitler ariko mwe mwashize!

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  4. Ce qui se passe est Burundi est macabre mais parfois ça prend des tournures comiques. Moi je m’étonne quand tout assaillant tué est automatiquement nommé « un innocent civil tué dans la répression » comme si les forces de l’ordre devraient se laisser massacrer par ces criminels armés pour ne pas être accusés de génocide. Non, l’armée et la police sont là pour assurer l’ordre publique et si quelqu’un veut le troubler il ne faut pas s’étonner quand il est tué. L’autre tournure comique est le fait que cette crise est surnommée genocide par quelques personnes qui croient qu’à force de dire ce mot le monde finira par y croire. Si de jeunes tutsi entrent dans la rébellion et qu’ils sont tués au cours de leurs attaquent c’est un génocide pour certains comme s’ils pensaient que la mort est pour les autres seulement. Si vous voulez que vos jeunes ne soient pas tués il ne faut pas leur donner les armes ou les envoyer attaquer les FDN ou la police ou autres personnes ne faisant pas partie des contestataires.

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    • ET toi comment tu peux justifier un assaillant tué les mains lieés au dos, donc si ce ne sont pas simples citoyen, la force de secuté a comis une bavure voir crime de guerre, ( exaction extra judiciaire te dis qlq chose au moins pauvre analyste?)
      Je déplore tout ces morts que P.Nkurunziza aurait pu éviter, souvener vous que la haine de lors que vs Hutus avez contre Tutsi, sert aujourdhui à detruire le Burundi, s’il nya pas du vrai pardon de deux côté le Burundi ne remettra jamais sur la route. Malheur à la pauvre population qui ne sais de quel pied danser.

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  5. Mr Nkurunziza Pierre, ndaryimare niwe ndaryitere. Aba bantu uriko urahonya uzokwama ubabona imisi yose usigaje kubaho. Ndakwifurije kuramba uzobone ko ico washatse kitashobotse hanyuma upfane intuntu n’agahinda!

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