Burundi : pourquoi l’Organisation de l’unité africaine est si peu déterminée à agir malgré le risque imminent d’un massacre ?

https://i2.wp.com/africanarguments.org/wp-content/uploads/2014/10/filip_reyntjens.jpgAlors que le pays est au bord d’une guerre civile et que certains craignent un génocide, l’Union africaine a décidé de déployer 5 000 hommes afin d’assurer la protection des civils au Burundi. Une décision qui s’est faite attendre, alors même que la communauté internationale s’était alarmée début novembre des violences, et que l’ONU a décidé d’ouvrir une commission d’enquête internationale.

Atlantico : La communauté internationale s’était déjà alarmée le 6 novembre du risque de violences ethniques à grande échelle au Burundi. Le 8 décembre, elle avait mis en garde contre les risques de génocide dans le pays. Mais concrètement qu’est-ce que la communauté internationale a fait depuis ? 

Filip Reyntjens : Les sources que l’on appelle « communauté internationale » sont très diverses. Il n’y a pas de ligne unique dans ce que fait cette « communauté internationale »  ; puisqu’elle peut couvrir l’ONU, l’Union européenne, les pays de la région ou encore Humans right watch. Leurs discours ne suit donc pas une ligne particulièrement claire et les termes utilisés varient. Tantôt il s’agit de génocides, tantôt de guerres civiles. Ces organismes ne tombent d’accord que sur un point : la nécessité d’organiser une enquête internationale et indépendante sur les attaques qui ont eu lieu la semaine passée.

On savait que quelque chose se préparait au Burundi. Le président du Sénat – qui a été enregistré à son insu – avait prévenu les représentants des forces de l’ordre. Pourquoi n’a-t-on donc pas réagi avant ?

On savait que quelque chose se préparait oui, mais qui préparait quoi ? Personne n’avait concrètement prévu les attaques contre quatre installations militaires survenues il y a plusieurs jours. Ces dernières ont donné lieu à une accélération des risques de violences, d’autant plus qu’on a déjà été informé d’exécutions sommaires. On avait déjà déploré à peu près 200 morts depuis fin avril dernier, et le week-end passé il y en a eu au moins 100. Le niveau des violences augmente donc. Peut-on prévoir les évènements à venir ? Non. On savait par exemple que des attaques contre des installations militaires étaient possibles mais de là à pouvoir les prévoir …

Certains évoquent la possibilité d’étendre les sanctions au régime, en gelant toutes les aides sortant du domaine humanitaire. L’Europe participe à la hauteur de 20% au budget burundais. Est-ce une menace qui pourrait s’avérer utile pour ralentir les excès de violence du régime ?

Si le gouvernement burundais venait à refuser une enquête internationale, ou encore, la venue de forces armées de l’Union africaine, il faudrait un régime fort de sanction à son encontre. Serait alors envisagé la suspension de l’aide à l’Etat et le gel des avoirs de ses dirigeants. Reste, que si aujourd’hui, on hésite à suspendre la totalité des aides – autres qu’humanitaires – c’est parce que d’une façon ou d’une autre, elles profitent toujours à la population. Or, on voudrait éviter au peuple d’être deux fois victimes : victime du gouvernement et victime de la suppression des aides internationales.

Le Burundi semble craindre malgré tout cette menace et gagner en indépendance en se rapprochant de la Chine …

Tout à fait, il y a de la part du gouvernement burundais l’espoir de pouvoir se tourner vers la Chine et la Russie en tant qu’alliés économiques, si l’Occident venait à mettre un terme à ses aides financières. Mais cette solution semble illusoire, les Chinois guettent leurs propres intérêts. Ils aideront le gouvernement burundais si l’échange est intéressant et s’ils pouvaient y trouver leur compte. Or, du point de vue économique, ils ont peu à gagner. L’intérêt serait donc géopolitique. Le Burundi est le voisin de la République démocratique du Congo qui dispose de ressources nobles.

L’Union africaine jusqu’à présent ne semblait guerre agir, a été poussée par l’ONU à envoyer des troupes sur place. La semaine dernière, elle a décidé de créer une force de maintien de la paix s’élevant à 5 000 hommes afin de venir en aide aux populations locales. Ils attendent néanmoins l’autorisation des autorités burundaises pour lancer l’opération. Pourquoi ne réagir que maintenant  ?

Des forces africaines pourraient effectivement intervenir avec ou sans l’accord du gouvernement burundais. Mais cette intervention est théorique. En pratique il est peu concevable que les forces africaines aillent jusqu’au bout et interviennent en combattant l’armée nationale burundaise. Rien que d’un point de vue logistique, pénétrer dans le pays sans autorisation étatique est compliqué. D’autant plus que si l’armée burundaise n’est pas l’armée africaine la plus menaçante, elle l’est suffisamment pour faire redouter des pertes humaines supplémentaires. Pertes, que craignent l’Union africaine, qui cherchera à les éviter à tout prix.
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