Le Burundi s’engage dans un bras de fer avec les autorités internationales

23876980516_1d006d1703_zMiné par un conflit politique qui menace de dégénérer, le régime refuse une intervention de l’Union Africaine.

Loin de la Syrie et de la crise des réfugiés, une partie de l’attention de la communauté internationale est centrée, en cette fin d’année, sur le Burundi. Ce petit pays de la région des grands lacs en Afrique centrale, l’un des plus pauvres au monde, est englué dans une crise politique depuis avril dernier, marquée par une forte escalade de la violence. Depuis que son président Pierre Nkurunziza a brigué en avril, et obtenu en juillet , un troisième mandat, le pays a été marqué par des exactions et des violences qui ont fait 400 morts et conduit plus de 200.000 personnes à fuir.

5.000 hommes pour protéger la population

Fait sans précédent, l’Union Africaine (UA) a décidé la semaine dernière d’envoyer 5.000 hommes pour protéger la population, « L’Afrique ne permettra pas un autre génocide sur son sol », a expliqué le Conseil de paix et de sécurité de l’UA. L’ombre du génocide perpétré au Rwanda, pays voisin, qui a fait 800.000 morts en 1994 , plane en effet sur le Burundi dont la population de 10,8 millions d’habitants est composée à 85 % de Hutus et à 14 % de Tutsis. Et pourtant, explique Devon Curtis, une spécialiste de la région des grands lacs qui enseigne à Cambridge, « le conflit n’est pas ethnique , mais politique». Cela n’a pas empêché le climat de se dégrader avec notamment, le 11 décembre dernier, un bilan officiel de 87 morts (et officieux de plus de 150) après l’attaque de trois camps militaires.

Emotion internationale

L’émotion est grande dans les instances internationales. Le Haut commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, Zeid Ra’ad al Hussein a accusé le gouvernement burundais de « mener le pays au bord de la guerre civile ». Il a mandé des experts sur place et veut impliquer la Cour pénale internationale (CPI). Les Etats-Unis de leur côté se sont dit vivement préoccupés et le Trésor américain a imposé des sanctions sur quatre individus, deux liés au gouvernement et deux autres à l’opposition.

Le mandat des forces de l’UA est triple : éviter que la situation ne se détériore, protéger les populations civiles et aider à l’ouverture de négociations pour la paix entre le gouvernement et l’opposition.Mais le gouvernement burundais -comme le Congrès- vient de réitérer son refus à l’entrée de troupes dans le pays. Pour que cette intervention soit possible, elle doit être à nouveau votée par le conseil de paix et de sécurité de l’UA et entérinée par une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Tout cela prendra du temps.

Forcer le gouvernement burundais à une solution politique

Un expert des conflits en Afrique, Paul D.Williams, professeur à la Elliott School of International Affairs de George Washington University, voit dans la démarche de l’Union Africaine « un cas de diplomatie coercitive ». Il ne s’agit pas tant d’envoyer des renforts militaires -vu qu’il n’y a pour l’instant ni génocide avéré ni guerre civile engagée- que de forcer le gouvernement burundais à une solution politique. Il faut, comme le souligne également Devon Curtis,« pousser le gouvernement burundais à ouvrir un dialogue politique ». Reste à voir « si la diplomatie coercitive de l’UA pourra suffire à réduire le nombre de victimes civiles de la crise », note Paul Williams.

Virginie Robert | Le 22/12 à 18:44, http://www.lesechos.fr/monde
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