Burundi : une crise politique, religieuse et mystique

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Cécile Kyenge, originaire de RDC, est députée européenne et ancienne ministre de l’Intégration italienne. Elle a été chef de la mission d’observation de l’Union européenne pour les élections au Burkina Faso en 2015.

Les Burundais se souviendront longtemps du passage à l’année 2016. Jamais depuis la dernière guerre civile de 1993-2005, le pays n’avait traversé une crise politico-humanitaire aussi catastrophique.

Au-delà des scénarios envisagés dans le mémo adressé au Conseil de sécurité des Nations unies par le chef des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, et dont le pire évoque une tournure ethnique du conflit actuel avec des incitations aux crimes contre l’humanité, crimes de guerre ou au génocide, l’Histoire retiendra les responsabilités du pouvoir en place.

Parmi les raisons invoquées dans la fuite en avant du président Pierre Nkurunziza, je voudrais attirer l’attention des lecteurs de Jeune Afrique sur une dimension de la crise burundaise dont les contours restent très difficiles à cerner, mais qui n’en reste pas moins importante – je le crains – pour expliquer en partie la situation en cours au Burundi. Cette dimension fait référence au syncrétisme politico-religieux qui touche les plus hautes sphères de l’État, et en particulier le couple présidentiel.

Mouvance évangélique

Du Nigeria à la Côte d’Ivoire, en passant par le Bénin, la République centrafricaine ou le Malawi, les chefs d’État africains influencés par la mouvance évangélique importée des États-Unis sont de plus en plus nombreux. Parmi eux, Pierre Nkurunziza, devenu pasteur évangéliste, n’a jamais caché sa foi en « Dieu tout-puissant ».

En atteste certains communiqués publiés sur le site de la présidence burundaise faisant référence à la « Semaine de prière et d’action de grâce » et des « croisades religieuses » que le couple présidentiel organise chaque année à travers tout le pays, dont celle en 2014 au cours de laquelle Nkurunziza a clôturé « une prière de bénédictions, tenant dans la main le drapeau national soutenu par son épouse », Denise Bucumi, elle-même pasteure d’une église évangélique.

Quelle idée doit-on se faire de la Res Publica au Burundi lorsque l’on sait que chaque Conseil des ministres débute avec une prière collective ?

Cette image résume à elle-seule la confusion qui est susceptible de régner au sommet de l’État burundais. Quelle idée doit-on se faire de la Res Publica au Burundi lorsque l’on sait que chaque Conseil des ministres débute avec une prière collective conduite par le Chef de l’État, que des prophéties avancent qu’il a été choisi par Dieu pour diriger le pays plutôt que par le peuple, que le club de football qu’il a fondé s’appelle Alléluia Club ?

Troquer si facilement le costume présidentiel pour celui de pasteur est pour le moins troublant. Dans la crise actuelle, cela prend une tournure inquiétante. Tout récemment, une députée burundaise n’a pas hésité à invoquer « la force qui a été donné par Dieu » au président burundais « pour résister contre toute opposition et les pressions occidentales ».

Dieu contre la Maprobu ?

Suivant cette logique, un doute s’impose : Dieu aurait-il suggéré à Pierre Nkurunziza de s’opposer au déploiement de la Maprobu (Mission africaine de prévention et de protection au Burundi) ? Poussant cette logique à l’extrême, on pourrait se demander si le massacre de jeunes civils et la répression d’opposants, de représentants de la société civile et de journalistes ne sont pas le fruit d’un dessein divin.

Malheureusement Pierre Nkurunziza a pris l’habitude de fouler au pied la Constitution adoptée par référendum en 2005

Il n’en est évidemment rien, car les responsables de la catastrophe qui est en cours devront répondre tôt ou tard de leurs méfaits à la justice internationale.  En attendant, je partage l’inquiétude de l’ex ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, qui récemment a fait part de son étonnement sur « le mysticisme un peu irrationnel » du chef de l’État burundais et « l’idée que l’on est au pouvoir par la volonté de Dieu ».

Si tel est le cas, il convient de citer l’article 1 de la Constitution burundaise, selon lequel « le Burundi est une République indépendante, souveraine, laïque, démocratique, unitaire et respectant sa diversité ethnique et religieuse ». Malheureusement Pierre Nkurunziza a pris l’habitude de fouler au pied la Constitution adoptée par référendum en 2005.

La foi ne peut influer sur la gestion de l’État

Les fois, toutes les fois, ainsi que la liberté de culte, un droit inaliénable dans les Constitutions africaines, ne peuvent en aucun cas s’immiscer dans les affaires d’une République laïque. Au Burundi, comme dans le reste de l’Afrique, des millions d’hommes et de femmes, et surtout de jeunes, fréquentent des églises évangéliques. C’est assurément leur droit. Certains sont même convaincus que ce que d’autres considèrent comme un fléau atténue les frustrations et la colère que peuvent générer les inégalités sociales et les conflits sur le continent africain.

Mais parmi ces jeunes chrétiens évangéliques, un certain nombre assument déjà ou assumeront dans un futur proche des responsabilités politiques importantes. Le cas du Burundi doit leur rappeler que la foi religieuse, aussi noble et grande soit elle, ne doit influer sur la gestion d’un État africain et prendre en otage ses citoyens.

Cécile Kyenge, le 27 janvier 2016 à 18h17, http://www.jeuneafrique.com
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4 réflexions sur “Burundi : une crise politique, religieuse et mystique

  1. Merci chère Cécile. 1° Pierre Nkurunziza exibe à tout instant la victoire aux élections de 2015, ila réelement tout oublié de la constitution comme vous le dite, et se borne uniquement aux effectifs, au chiffres. Or partout dans le monde, on sait que la masse populaire est toujours penchée vers le pouvoir qu’elle voit présentement, si bien que une fois qu’on acquiert la chance d’être hissé à la tête d’un pays, on est confirmé à cette suprématie pour l’éternité selon cet envoûtement populaire. c’est pourquoi, par l’étude des faits à travers l’insondable des temps passé, et comme la nature humaine est la même patout dans le monde, quand même il s’agit d’un privilégié hissé à la magistrature suprême le résultat en chiffre du scrutin est équilibré par cette autre loi qui délimite le nombre de mandat d’un candidat. Parce qu’il a été observé qu’après un certain nombre d’années, un président n’a plus rien à donné à son pays, il en arrive simplement à se considérer comme un petit Dieu. Si les 2 lois (éligibilité du candidat et effectifs des voies des électeurs) n’ont été pas considérées en même temps, le pouvoir est anticonstitutionnel et donc issu d’un coup d’état, Pierre Nkurunziza est poutchiste contre lui=même. 2°Par ce penchant populaire naturel, Pierre NKURUNZIZA était prédéstiné à remporter la majorité aux élections, ce n’était pas nécessaire de détruire les média, de maltraiter les partis politique et les communauté civiles d’autant plus qu’il y a les oeuvres issues du redémarage économiques financé par les nations, et qu’assoifé d’émulation il s’attribue. Par ce comportement il agace toutes ces nations qui se sont donnéés corps et âme pour la relance de la paix et le redémarage économique au Burundi; d’autant plus que cet ingrat président veut à tout prix les écarter pour mieux s’attribuer leur oeuvre devant le peuple Burundais. Pauvre Président!!! Il se retrouve ennemi à tous les autres Chefs d’Etats et ose compter sur l’Afrique du sud qui est parmi ceux qui se sont sacrifiés le plus pour la paix et le redémarage économique au Burundi!!! Quel bête espoir!!!Quelle naïveté de ce pauvre évangéliste de président!

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  2. En tant que « Chrétien évangelique » je me sens interpelé par cet article. Je ne comprends personnelement ce qu’elle a voulu nous dire. Veut-elle nous faire croire que le conflit des mandats ont-ils une relation avec les réligions? Ou était cette femme quand le Président Georges Bush ne cesser de témoigner publiquement qu’il est Born-again? Quoi qu’il en soit il y a quelque chose qui s’y cache dernière son article! Veut-elle révolter les autres réligions pour qu’ils s’attaquent aux chrétiens évangeliques parce qu’elle fait référence à certains pays comme le Nigeria et le RCA ou’ les terroristes (islamistes radicaux) font presque chaque jour des attentats très mertiers. Au Burundi chacun a le droit d’appartenir à une réligion de son choix et personne n’a jamais été discriminée pour son appartenace réligieuse. Si elle est athée c’est son droit mais elle n’a pas droit de critiquer les gens pour leur foi.
    Je pense que cette femme doit être un pion des occidentaux qui lui aurai accoré la nationalité italienne par besogne car au lieu de défendre son pays d’origine qui est devenu la salle « des théatres » ou’ se jouent les intérêts des puissances occultes de l’occident, elle ne se targue à attaquer uniquement la foi des autres. Que Dieu lui pardonne!

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