Le ministre burundais de la Défense reconnaît au moins trois rébellions armées contre le pouvoir

https://scontent-bru2-1.xx.fbcdn.net/hphotos-xpa1/t31.0-8/12006531_1234509016562486_6582365143041445554_o.jpgLe ministre burundais de la Défense nationale et des anciens Combattants (Fdnac), Emmanuel Ntahomvukiye, a reconnu, jeudi, l’existence avérée d’au moins trois mouvements rebelles armés constitués par des putschistes, des déserteurs, des démobilisés, d’indisciplinés qui ont été renvoyés chez eux, ainsi que des retraités et des jeunes formés militairement dans des camps de réfugiés à l’étranger.

La réponse est pour le moment au renforcement de la sécurité policière et militaire aussi bien à l’intérieur qu’aux frontières du pays, a dit le ministre qui répondait aux questions orales à l’Assemblée nationale, en compagnie de ses collègues des Relations extérieures et de la Coopération internationale, Alain Aimé Nyamitwe, et de la Sécurité publique, Alain Guillaume Bunyoni.

Les deux mouvements rebelles des « Forces républicaines du Burundi » (Forebu) et de la « Résistance pour un Etat de droit » (Red) s’étaient jusque-là faits connaître du public et résultent d’une crise politique de bientôt une année, sur fond d’un conflit électoral mal résolu entre le pouvoir et l’opposition.

Le mouvement rebelle aux contours jusque-là mal connus était celui des « Forces nationales de libération » (Fnl), dirigées par un ex-haut gradé, déserteur des forces armées burundaises, répondant au nom de Nzabampema, a précisé le ministre Ntahomvukiye.

Contrairement à ces deux autres mouvements rebelles, les Fnl ont leur base-arrière sur le territoire de la République démocratique du Congo voisin, a dit le ministre Ntahomvukiye.

La même source a encore précisé que les éléments du Forebu ont été fondées par les responsables du putsch militaire manqué du mois de mai dernier.

La tentative de putsch avait été revendiquée par le général Godefroid Niyombare, un ancien patron des services spéciaux des renseignements gouvernementaux, actuellement en cavale.

Par contre, aucune précision n’a été donnée sur le leadership militaire des (Red), à part que le mouvement a récupéré des déserteurs des corps de défense et de sécurité, des indisciplinés qui ont été renvoyées de l’armée et de la police, ainsi que des retraités et des démobilisés désœuvrés de la guerre civile de 1993 à 2006.

Le ministre a encore précisé que Red était responsable d’attaques récurrentes à Bujumbura, la capitale burundaise ainsi qu’à l’intérieur du pays, contre les positions des policiers et militaires loyalistes pour leur rôle présumé actif dans l’étouffement de la contestation populaire du troisième mandat présidentiel.

Le ministre de la Sécurité publique, Alain Guillaume Bunyoni, quant à lui, a fait état de plus de 700 fusils de différents calibres et leurs munitions qui ont été saisis au cours de ces six derniers mois d’une campagne nationale de désarmement forcé des civils en détention illégale d’armes de guerre.

Selon la même source, au moins « 90% » des armes saisies étaient entrées sur le territoire burundais à partir du Rwanda voisin qui est encore accusé de soutenir ouvertement les opposants militaires et civils désireux de renverser le régime en place au Burundi par tous les moyens.

Des marches-manifestations ont été organisées, samedi, dans toutes les communes du pays, avec le mot d’ordre officiel de décrier l’ingérence présumée du Rwanda et de son président, Paul Kagame, dans les affaires intérieures du Burundi.

Une déclaration lue sur les antennes de la radiotélévision nationale (publique) par le porte-parole du Conseil national pour la défense de la démocratie/forces de défense de la démocratie (Cndd-Fdd, parti au pouvoir), Daniel Gélase Ndabirabe, est allé encore plus loin, jeudi, à propos des « méfaits » supposés du président rwandais sur le Burundi.

C’est lui qui aurait commandité l’attentat qui a coûté la vie à l’ancien président burundais, Cyprien Ntaryamira, le 6 avril 1994, a soutenu le porte-parole du Cndd-Fdd.

Le Président Ntaryamira est mort en compagnie de son homologue rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana, quand le Falcon 50 qui les transportait, de retour d’une mission conjointe en Tanzanie, a été abattu dans le ciel de Kigali, au Rwanda, dans des conditions aujourd’hui encore mal élucidées.

Le ministre des Relations extérieures et de la Coopération internationale, Alain Aimé Nyamitwe, de son côté, a déploré devant les députés burundais, des lenteurs dans l’exécution des mandats d’arrêt internationaux de la part des pays qui hébergent certains leaders politiques burundais en exil à l’étranger et fait valoir le droit de réciprocité, le moment venu.

Les leaders politiques poursuivis par ces mandats d’arrêt internationaux doivent répondre d’un « mouvement insurrectionnel » en rapport à leur farouche opposition dans la rue au troisième mandat controversé à la tête du pays, du chef de l’Etat actuel, Pierre Nkurunziza.

L’autre grief à leur charge est de s’être rendus complices de la tentative de putsch manqué du mois de mai dernier.

Le chef de la diplomatie burundaise a rejeté, du coup, l’éligibilité de la trentaine de leaders politiques en exil à la table des négociations avec le gouvernement burundais.

Les négociations inclusives sont vivement encouragées par la Communauté internationale pour mettre fin à la crise du moment qui prend sa source dans le troisième mandat présidentiel, jugé contraire à la constitution et l’Accord d’Arusha, en Tanzanie, sur la paix et la réconciliation nationale dans les milieux de l’opposition et de la société civile.

Pour le ministre Nyamitwe, les Nations unies et l’Union africaine, qui ont condamné la tentative de putsch, ne doivent pas revenir exiger du pouvoir burundais un dialogue inclusif des auteurs du coup d’Etat manqué de l’année dernière.

Les leaders politiques et militaires en question se sont repliés, pour la plupart, au Rwanda voisin, d’autres en Belgique qui est l’ancienne puissance tutrice du Burundi.

C’est cette difficile équation du dialogue inclusif des vrais protagonistes de la crise au Burundi que sont appelés à résoudre les cinq chefs d’Etat et de gouvernement sud africain, sénégalais, gabonais, mauritanien ainsi que le premier ministre éthiopien attendus d’un moment à l’autre au Burundi.

La délégation de « très haut niveau » a été mandatée par le 26ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (Ua) du 31 janvier dernier, à Addis-Abeba, en Ethiopie, pour tenter de convaincre à domicile, les acteurs politiques burundais à nouer un dialogue sincère et inclusif de sortie de crise dans leur pays.

L’opposition est dans la logique de remettre les compteurs des élections de l’année dernière à zéro, de former un gouvernement de transition pour préparer des nouvelles échéances électorales sur des bases, cette fois, plus consensuelles.

Le gouvernement répond que ce chapitre électoral a été définitivement clos et que s’il y a encore des problèmes, une commission nationale de dialogue inter burundais (Cndi), « sur le sol burundais et sans médiation étrangère » nécessaire, a été mise sur pied à cet effet.

La délégation panafricaine entend encore remettre au goût du jour le projet de la « Mission de prévention et de protection au Burundi » (Maprobu) qui a été déjà rejetée par le gouvernement burundais, au nom du sacro-saint principe de la « souveraineté nationale » et en l’absence de parties belligérantes dans le pays.

Dans tous les cas, il y a urgence au Burundi où les Nations unies estiment déjà à au moins 400 tués et autour de 250.000 autres Burundais qui ont été obligés de fuir vers les pays limitrophes depuis le début de la crise politique, en avril dernier.

Depuis le début de ce mois de février, une dizaine de personnes ont été déjà tuées et une centaine d’autres blessées dans des attentats aveugles à la grenade non revendiqués, suivies d’arrestations massives dans les milieux de suspects, principalement à Bujumbura.

PANA, 18 février 2016

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