Lettre de la chanteuse KHADJA Nin aux africains sur la situation au Burundi

LETTRE A MES FRERES ET SŒURS AFRICAINS SUR LA SITUATION DANS MON PAYS, LE BURUNDI

https://i.ytimg.com/vi/EOZaSWeZMLY/maxresdefault.jpgMes chers frères, chères sœurs,

Mon nom est Khadja Nin, je suis une artiste, une mère et une fière enfant du Burundi. Mon Burundi est un petit pays magnifique, blotti en plein cœur de l’Afrique. Des hauts sommets de ses vertes collines, votre regard se plonge dans les eaux argentées du deuxième lac le plus profond du monde, sa majesté le Tanganyika. Mais depuis son indépendance en 1962, l’histoire de mon pays est jalonnée de guerres ethniques à répétition qui ont englouti des centaines de milliers de vies, poussé à l’exil des familles entières et laissé des milliers d’enfants orphelins derrières elles. Ces cycles de violence ont perduré jusqu’aux « Accords de Paix et de Réconciliation d’Arusha au Burundi » signés en Tanzanie, en août 2000.

Ces accords portés à bout de bras par Tata Mandela et Mwalimu Nyerere en personne, sont notre héritage commun. Leur signature et leur entrée en vigueur ont été célébrées comme une grande victoire par le Président Nelson Mandela. « Les Accords de Paix d’Arusha sont une de nos plus grandes victoires et le gage d’une Paix durable à laquelle chaque peuple aspire, et que le peuple burundais mérite ». Le vieil homme était soulagé et confiant. Il savait le soin et l’attention toute particulière, qu’il avait consacré à l’un des murs porteurs des « Accords de Paix d’Arusha » : l’épineuse question des mandats présidentiels.

Qui croira que Nelson Mandela et Julius Nyerere ont manqué de vigilance ou qu’ils ont fait preuve de légèreté sur cette question récurrente et oh combien prévisible, des mandats présidentiels en Afrique, depuis les indépendances ? Qui croira que nos pères ont été à ce point négligents pour laisser dans les textes de ces accords, cette épine venimeuse qui risquait, tôt ou tard, d’infecter et d’anéantir le fruit de tous leurs efforts ? Qui ? Personne !

Le Président Pierre Nkurunziza a atteint la limite des deux mandats présidentiels successifs de cinq ans chacun, fixée par les « Accords de Paix d’Arusha » et par la Constitution burundaise. Mais voilà, en avril 2015, Nkurunziza est investi candidat à l’élection suprême par son parti, en violation totale de ces mêmes accords qui l’ont porté au pouvoir.

Les filles et les fils du Burundi se sont levés. Ils sont descendus dans les rues pour dire « NON ! AU 3è MANDAT ! ». Les manifestations ont été réprimées par des tirs à balles réelles durant des semaines entières, sous le regard perplexe des téléspectateurs du monde entier. Disparitions, arrestations arbitraires, torture, viols et assassinats s’en sont suivi. Les medias indépendants ont été réduits en cendres. Les journalistes menacés de mort ont été condamnés à l’exil. Le bilan est effroyable. Près de 300.000 personnes réfugiées dans les pays voisins, plusieurs milliers de prisonniers, des dizaines de femmes violées et des centaines de morts.

Les Nations-Unies ont multiplié les signaux d’alarme, l’Union Européenne et les pays donateurs ont sanctionné économiquement, l’East African Community a tenté de renouer le dialogue et l’Union Africaine a proposé l’envoi de 5000 soldats pour protéger la population. Tous ont échoué ! Nkurunziza reste sourd et imperméable à toutes les voix contraires.

Après l’échec fin janvier à Addis-Abeba, d’une réunion tardive et bâclée sur le déploiement d’une force de protection au Burundi, S.E. Idriss Deby, nouveau Président en exercice de l’Union Africaine, a refusé d’abandonner le peuple burundais à son sort. Une délégation d’exception composée de quatre Chefs d’Etat et d’un Premier Ministre a été aussitôt constituée. Elle se rendra prochainement à Bujumbura, pour tenter de ramener Nkurunziza à la raison.

Il y a urgence, une génération meure sous nos yeux, sacrifiée par l’égarement d’un seul homme. Ils n’auront pas droit à un nouvel échec. Cette mission de la dernière chance est porteuse des espoirs de tous les peuples africains, fatigués de ne pas voir émerger des leaders forts et responsables, capables de les protéger et de soigner eux-mêmes, les maux de l’Afrique.

Aujourd’hui, la terreur règne en maître au pays. Mon Burundi n’est que sang et larmes. On traque, emprisonne et tue tous ceux qui s’opposent au pouvoir et au 3è mandat de Pierre Nkurunziza, tous âges et toutes ethnies confondus. Les corps de nos sœurs et de nos filles sont leur nouveau champ de bataille et notre jeunesse est pourchassée, ligotée et sommairement exécutée. Plus de 100 jeunes hommes ont été assassinés en quelques heures le 12.12.15 et leurs corps sans vie, entassés à la hâte dans des charniers.

Pourtant, même contrainte à la clandestinité et sous menace de mort depuis dix mois, la jeunesse burundaise résiste, unie et debout. Dans ses veines coule le sang de Mandela, de Nyerere, de Rwagasore, de Lumumba, de Sankara, … Dans sa poitrine bat un cœur épris d’égalité, de justice et de liberté.

C’est au courage de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes que je dois mon engagement dans ce combat. Ils sont ma force et ma fierté. Ils sont le visage de cette nouvelle génération africaine qui refuse de se trahir et d’être trahie. Mais je tremble pour eux …

Votre sœur, Khadja Nin

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3 réflexions sur “Lettre de la chanteuse KHADJA Nin aux africains sur la situation au Burundi

  1. Courage soeur, il n’a aucune dictature qui dure une éternité…malheureusement, quand tout sera fini, quand nous récupérerons notre dignité, nous nous souviendrons le plus des silences de nos frères et soeurs…courage!

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