Quand l’UA légitime et consolide la dictature de Nkurunziza

ENVOI D’OBSERVATEURS ET D’EXPERTS MILITAIRES AU BURUNDI :
Quand l’UA légitime et consolide la dictature de Nkurunziza

http://i2.wp.com/lepays.bf/wp-content/uploads/2016/02/000_8A1ZK_0-AFP.jpg?resize=660%2C330Après plusieurs mois de crise ponctués de rebondissements les uns plus ahurissants que les autres, et au regard des derniers développements, il y a de plus en plus de la lisibilité dans le scénario savamment écrit par Pierre Nkurunziza avec la complicité de certains de ses pairs africains, pour demeurer au pouvoir envers et contre tous.Acte 1 : le satrape envoie discrètement les éléments les plus zélés de la ligue des jeunes de son parti apprendre la science de la torture et le maniement des armes dans la forêt de la République démocratique du Congo qui jouxte le Burundi, dans la perspective de la remise en cause des accords inter burundais écrits en lettres de sang à Arusha, et des mouvements de contestation qui pourraient s’en suivre. Ces jeunes Imbonerakure, comme on les appelle en kirundi (la langue locale), sont devenus en quelques mois des experts dans la commission des crimes organisés, et ont été éparpillés pour ainsi dire dans les différentes contrées du Burundi, en prélude au passage en force de Pierre Nkurunziza.

Acte 2 : le président burundais s’en ouvre à ses homologues des Grands lacs et de l’Afrique centrale au sujet de sa candidature anticonstitutionnelle à l’élection présidentielle, en sollicitant leurs avis et conseils pour transformer l’essai et éviter la sortie de scène humiliante du président burkinabè Blaise Compaoré qui avait défrayé la chronique dans tout le continent et même au-delà.

Acte 3 : avec les encouragements de ses congénères africains,  il lance un ballon d’essai à ses compatriotes via ses conseillers et son parti politique, en surfant sur son indispensabilité dans ce pays qui n’a pas totalement pansé les plaies de la guerre civile. Il actionne concomitamment ses réseaux au niveau de l’Union africaine (l’UA) afin que l’instance continentale n’aille pas au-delà des condamnations de principe et de ses louvoiements habituels à chaque fois qu’un président de la République est en délicatesse avec la loi fondamentale de son pays.

Acte 4 : il sort enfin du bois et déclare urbi et orbi être candidat à l’élection présidentielle, même s’il sait que les démocrates du continent vont hurler avec les loups de l’opposition et de la société civile burundaises. Il se voit dans le même temps conseillé par certains de ses comparses des autres pays d’être mesuré dans la répression afin d’éviter que le parapluie de l’UA ne soit déchiré par l’épée de Fatou Bensouda et de la Cour pénale internationale (CPI).

Acte 5 : l’UA et dans une certaine mesure l’ONU entrent en scène et montent au créneau par acquis de conscience et conformément aux principes qui les guident, pour faire croire à ceux qui ne sont pas mis dans la confidence qu’elles soutiennent le peuple burundais dans sa lutte contre la dictature de Nkurunziza. Alors, ce dernier se braque, bande les muscles et menace de prendre pour cible les soldats que l’UA projetait d’envoyer au Burundi.

Les défenseurs de la démocratie au Burundi ont désormais deux principaux ennemis

Acte 6 : tel un ballon de baudruche, l’UA se dégonfle, puis appelle à la négociation avec tous les acteurs de la crise. Nous voilà donc embarqués dans un processus qui est loin de remettre en cause la réélection de Nkurunziza que tous les observateurs considéraient comme étant à l’origine de la crise. Place désormais à des négociations inter- burundaises de paix où les opposants les plus irréductibles devront passer sous les fourches caudines de la Justice, avant d’être acceptés à la table de négociation.

En clair, on revient à la case départ, avec un Pierre Nkurunziza toujours aux manettes, conduisant son peuple vers une destination inconnue, sous le regard délibérément impuissant de l’UA qui joue le rôle de tour de contrôle. Et comme pour être en phase avec l’aphorisme selon lequel «quand on ne peut rien contre un voleur, il faut l’aider à emporter son butin», l’UA a dépêché chez Pierre Nkurunziza cinq chefs d’Etat dont les frasques et/ou les dérives totalitaires de certains d’entre eux sont de notoriété publique en Afrique, pour lui faire part de l’envoi d’observateurs et d’experts militaires pour contribuer à la recherche de la paix dans son pays. En français facile, cela pourrait vouloir dire que les chefs d’Etat africains ne laisseront pas Nkrurunziza seul face à son peuple, et qu’ils utiliseront toutes les contorsions diplomatiques et toutes sortes de subterfuges pour le sortir du pétrin. Quel sera le rôle de ces observateurs et experts militaires sur le terrain, si ce n’est celui de légitimer et de consolider la dictature de Nkurunziza.

La position de l’UA dans ce dossier a au moins le mérite d’être de plus en plus claire, et cela devrait rappeler aux Burundais que personne ne viendra imposer la démocratie au Burundi à leur place. En invoquant «le respect des décisions du Conseil constitutionnel (qui avait entériné le 3e  mandat de Nkurunziza) dans un État de droit», Jacob Zuma qui est l’un des membres de la délégation des chefs d’Etat, a formalisé pour ainsi dire la vassalisation du peuple burundais vis-à-vis de son dictateur. Gageons seulement que le dernier acte du scénario machiavélique visant à pérenniser le pouvoir du président burundais ne va pas consister en l’envoi par l’UA de ces experts militaires en guise de renfort militaire au dictateur pour suppléer au vide laissé par les casques bleu et blanc que ce dernier a dépêchés sur d’autres théâtres.

Une chose est sûre, c’est que les fervents défenseurs de la démocratie au Burundi ont désormais deux principaux ennemis : l’un à l’intérieur en la personne de Pierre Nkurunziza, et l’autre à l’extérieur, notamment la corporation des chefs d’Etat africains qui parlent et agissent sous la bannière de l’UA, le plus souvent dans l’objectif de consolider une dictature, quelque part sur le continent.

Hamadou GADIAGA, http://lepays.bf

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2 réflexions sur “Quand l’UA légitime et consolide la dictature de Nkurunziza

  1. Tous les politiciens devraient, dans leur serment, declarer qu’ils mettront en avant le bonheur du peuple avant leurs interets personnels. Je reve? Tu as fait un bon rêve mon frère!!!! Les politicien Burundais?? ils sont tous malades. Ces sont des grands spécialistes des fabrications des preuves non convaicantes. Léonce va te dire qu’il a vu les Gikote, Minani va te dire qu’il a vu les méchants qui arrachent les dents? Et Ndtije va te dire qu’il a vu des urnes volés avant les élections,… Que opposition vu dans ce pays de Mwezi Gisabo??? Irresponsables.

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  2. Qui a dit que les absents ont toujours tort ne s’est pas trompé. Quand l’opposition a opté pour le boycott des urnes en 2010, on ne se rendait pas compte qu’on ouvrait le boulevard au parti au pouvoir et a son candidat, Pierre Nkurunziza. Leur calcul mesquin était qu’en faisant du bruit avec des casseroles et en détonnant des grenades ici et la, la « Communauté Internationale » allait s’émouvoir et crier haro sur Pierre Nkurunziza. La meme opposition et les Burundais en general se rende compte que se fut une erreur de jugement. Le monde, hier comme aujourd’hui, appartient au gagnant. Si on continue a renier a Nkurunziza ce qu’il a appelé lui meme, son deuxieme et dernier mandat, demain il aura droit a un autre mandat qu’on va lui consentir de gré ou de force.

    Opposition, reveilles-toi. Négocies l’entrée aux commandes du pays pour balancer l’ Action Gouvernementale. Entres a l’ Assemblée pour controller les lois qui sont votées. L’heure est favorable car, tous les projecteurs sont braqués sur le Burundi. C’est seulement de cette facon que vous pourriez preparer les elections de 2020 qui devraient consolider la Démocratie dans ce petit et beau pays.
    Les Burundais ont droit au Bonheur. Tous les politiciens devraient, dans leur serment, declarer qu’ils mettront en avant le bonheur du peuple avant leurs interets personnels. Je reve?

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