Qu’est ce qui se passe au FOREBU ?

Depuis la fin des manifestations pacifiques au Burundi, beaucoup de Burundais ont estimé que la suite logique à ce blocage et aux violences était purement et simplement la rébellion. Après tout, le CNDD-FDD est passé par cette case et n’a pas remporté une victoire pour être à leur place aujourd’hui. Il allait de soi que les anciens putschistes, en tête le général Niyombare qui a pu s’enfuir, pensent à créer un mouvement de rébellion. Forts de leurs expériences, ils devaient faire plus que les autres. Pour beaucoup de Burundais, l’espoir était né. D’autres politiciens avaient constaté l’échec de la politique pacifique et eux aussi ont penché vers une rébellion. On pouvait s’attendre à une multitude de rébellions mais la préparation demande beaucoup d’énergie, de moyens et de stratégies. D’où un découragement pour beaucoup de prétendants chefs rebelles.

A part le FNL de Nzabampema qui existait, deux autres mouvements ont été annoncés. La création du FOREBU annoncée par le colonel Edouard Nshimirimana dont le chef réel non annoncé dès le départ était le général Niyombare. Plus tard, le FOREBU sera réorganisé pour permettre à quelques généraux et colonels qui ont quitté le Burundi de trouver leurs places dans l’organigramme de ce mouvement de rébellion. Quelques semaines après, RED TABARA est né. Contrairement au FOREBU, RED TABARA n’a pas annoncé son chef à sa création. Un mystère a plané car ni le président du mouvement, ni le chef d’Etat major n’était annoncé. Après des mois d’attente, le général Melchiade Biremba a été déclaré comme étant le chef d’Etat major du RED TABARA. Le général Melchiade Biremba était un inconnu pour beaucoup de Burundais.

Deux FOREBU et un troisième FOREBU silencieux

Jusque ces derniers jours, les mouvements de rébellion déclarés étaient très silencieux. Le FNL de Nzabampema faisait quelques attaques dans la forêt de la Rukoko. Les autres mouvements étaient presque oubliés. Par ailleurs, des rumeurs circulaient depuis plusieurs mois des préparatifs de la main mise de Radjabu sur le FOREBU. Elles étaient devenues des informations réelles dans les milieux informés.

Le FOREBU a été annoncé par le colonel Edouard Nshimirimana et c’est lui qui était sensé être sur le terrain avec des combattants. De ce fait, il a gardé une main sur le FOREBU. Le hold up de Radjabu a été simple. Il a convaincu le colonel Edouard Nshimirimana de le suivre dans son acte et le tour était joué. A coup de publicité sur le réseau, appuyé par une vidéo des combattants, Radjabu a fait une annonce exceptionnelle. La rumeur devenait réalité. Radjabu lui-même venait d’affirmer que c’est lui le chef de FOREBU en écartant la direction connue de FOREBU. Le communiqué de démenti du FOREBU (Quel FOREBU) de Niyombare mais signé par son chef de cabinet adjoint a semé le trouble. Prenons. En l’absence du général Niyombare, son chef de cabinet pouvait faire signer le numéro deux ou lui même signer.

La grande question des Burundais est de savoir qui est le patron du FOREBU. Est-ce Radjabu ou Niyombare? Probablement que ça peut être une fausse question. S’il y a des combattants en préparation quelque part, qui les commande sur le terrain ou à qui obéissent les chefs des combattants sur le terrain? Sur le papier, les deux peuvent se battre à coups de communiqués et il n’ y aura pas de gagnant à part Nkurunziza qui assiste dans la grande joie à cette bataille sans fondement.

Au moment où Radjabu et le général Niyombare se battent pour la direction du FOREBU, un autre FOREBU est né. Un troisième FOREBU, plus malin que les autres car le vrai responsable préfère rester dans l’ombre. Avec raison car il contrôle une partie du FOREBU de Niyombare et une partie du FOREBU de Radjabu. Dans l’Etat major de Radjabu, il dispose de ses pions et dans l’Etat major du général Niyombare,c’est la même chose. Il semble être alors l’homme fort du FOREBU.

Tout mouvement de rébellion a besoin de trois éléments pour réussir ou tout au moins pour bien démarrer. Il faut la motivation, les combattants et l’argent. Si un des éléments manque, il faut qu’il y ait qui soit à un niveau supérieur. La grande motivation peut compenser un manque d’argent mais jamais un manque de combattants. Le FOREBU se trouve à la croisée des chemins de son début. Tout dépendra de celui qui recrutera beaucoup de troupes. Le plus laborieux gagnera le lot en totalité du FOREBU et le plus paresseux n’aura que son FOREBU sur le papier. C’est la course vers la mobilisation qui démarre. Probablement que c’est une chance pour le FOREBU pour qu’il se mette en cause, qu’il constate ses erreurs du début qu’on peut appeler la maladie infantile de la rébellion.

Cette bataille autour du FOREBU est une tâche difficile pour le général Niyombare car il n’est pas habitué à ce genre de combat. En plus il est entouré de militaires de carrière qui n’ont jamais mobilisé au sein d’un parti politique. Radjabu est un animal politique qui peut chanceler mais qui se relève et qui garde l’espoir d’avancer même s’il reste avec une dizaine de fidèles. L’homme qui a bâti le CNDD-FDD garde encore de la force et de la mobilisation. Il part avec une longueur d’avance sur le général Niyombare. Cependant, la bataille des deux hommes sera arbitrée par le troisième FOREBU dont le chef officieux veut rester dans l’ombre. Cet homme de l’ombre risque de se révéler le grand gagnant de cette bataille car il dispose des pions dans les deux camps comme nous l’avons déjà évoqué ci-haut. La grande perte du général Niyombare est le colonel Edouard Nshimirimana. Il devait s’y attendre car ce colonel avait affirmé à certains de ses interlocuteurs il y a plusieurs mois que Niyombare n’était plus son chef. N’a-t-il pas organisé des rencontres secrètes pour la réunification de RED Tabara et FOREBU même si la rencontre a échoué sans l’aval du général Niyombare?

La bataille autour du FOREBU vient de montrer clairement la situation de ce mouvement . Il est bien difficile de penser à la réunification des mouvements de rébellion du moment où le FOREBU est divisé en trois. Verra-t-on demain une réunification de ce mouvement? Le plus important est de disposer des combattants au Burundi si on veut réellement disposer de rébellion. La fragilité de ce mouvement est liée à sa faiblesse au sommet. Trop de communication tue la communication. Le FOREBU est aussi victime de sa communication tout azimut.

Burundi news, le 22/08/2016, par Gratien Rukindikiza
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s